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Un voyage au Mali, message no. 7: Une petite entreprise est le meilleur ami d’une femme Malienne

Par Pietronella van den Oever, PRB Fellow

Après avoir passé presque un mois au Mali je suis tout à fait convaincu que les femmes Maliennes sont capables de transformer tout ce qui est potentiellement mangeable, potable, ou mettable comme vêtement. Dans ce message je présente trois amies de vieille date. Deux d’entre elles ont assisté au programme de formation sur le tas que Mariam (le poste de blog précédent) et moi-même avions exécuté pendant la période 1974 – 75. La troisième était attachée au Centre National d’Alphabétisation Fonctionnelle à Bamako à l’époque. Ces trois femmes remarquables faisaient partie du groupe de personnes que j’ai visité pendant mon séjour récent au Mali. Il se trouve que toutes les trois ont établi des petites entreprises très réussies. Mais le fait le plus remarquable est qu’elles ont toujours continué à combiner leurs poursuites économiques avec des activités sociales et communautaires au profit des femmes et des jeunes. Il est à noter qu’il y a également des hommes dans pas mal de ces groupements, parce qu’ils veulent acquérir des nouvelles compétences leur permettant d’être productifs et gagner leur vie. Pourtant, pour l’instant les hommes sont restés une petite minorité.

Les deux premiers objets que je vois en entrant dans la cour de Haby Sy sont ma photo de mariage qu’elle a gardée depuis 34 ans derrière une vitre dans un de ses placards, et une petite bouteille de limonade appelé “Nectar de baobab”. Le texte sur l’étiquette est le suivant: « Fabriqué par l’Association de Développement Socioéconomique de Femmes et de Jeunes ». Autrement dit, la petite entreprise d’Haby est une sorte de coopérative de production en combinaison avec des activités de développement communautaire. Au cours des activités de production Haby enseigne l’alphabétisation fonctionnelle en Bambara qui est la langue principale dans le sud du Mali. En plus, elle enseigne les principes fondamentaux d’éducation civique, en particulier du contenu de textes juridiques comme ils se rapportent aux droits civils et au statut de femmes. Pendant les périodes electorales elle est activement engagée dans des activités politiques. C’est à dire elle familiarise les membres de son groupement avec le processus politique; elle explique les différents agendas politiques des candidats respectifs et elle encourage les membres de son groupe à voter. Au moment de ma visite, Haby se prépare pour aller en voyage au Sénégal pour une conférence internationale sur les activités économiques des femmes africaines. Elle et ses collègues Maliennes qui vont assister à la conférence voyageront par la route dans un petit bus, accompagné par un camion rempli de produits qui ont été préparés pour la vente par plusieurs groupements de femmes. L’expérience a enseigné à Haby que les produits de son Association seront vendus comme des petits pains dans ce type de réunion internationale. Haby se spécialise en transformation des céréales locales comme le mil, le fonio et le sorgo. Elle a appris à faire la transformation des céréales dans un atelier de formation qui a duré 45 jours. A l’heure actuelle elle donne cette formation elle-même aux membres de son groupement. Haby me montre avec une grande fierté les innovations technologiques comme les différents types de séchoirs qui sont utilisés pour sécher des céréales. Les artisans locaux fabriquent et réparent l’équipement qu’elle utilise pour son entreprise, et ils créent souvent des petits équipements innovateurs, basés sur les suggestions de Haby. Cela est tout a fait contrairement au temps où j’e travaillais au Mali, quand presque tout le petit équipement a été importé de l’Europe.

La deuxième amie/entrepreneur que je visite est Elisabeth Djiga. Elle est spécialisée dans la transformation des fruits tropicaux en limonade et confitures, et en teinture des tissus. Haby Sy et Elisabeth ont toutes les deux appris les bases de leurs compétences en gestion économique et les principes du développement communautaire au cours des ateliers de formation que Mariam et moi avions organises pendant les années soixante-dix. Pourtant, toutes les deux m’ont montré très fièrement un nombre impressionnant de certificats supplémentaires de cours pertinents qu’elles ont suivi après cette formation initiale. Après avoir travaillé au Centre d’Animation Rurale à Sirakorola avec Sefa (poste de blog # 5) Elisabeth a été recrutée pour travailler au Centre des Jeunes Aveugles à Bamako, où elle a enseigné aux paires composées d’une personne aveugle et d’un de leurs membres de famille qui pouvaient voir normalement. Ces paires apprenaient comment travailler en équipe et attacher le tissu blanc avec du fil avant de le mettre dans le bain de teinture. Elisabeth m’a dit que la dextérité des doigts des jeunes aveugles était souvent si hautement développée qu’ils ont été en mesure de développer leurs propres styles et dessins distinctifs. Ainsi, le Centre des Aveugles tenait des expositions de façon régulière. Il s’avérait que ces expositions étaient très populaires et rapportaient beaucoup de fonds au Centre. Elisabeth est maintenant à la retraite, mais cela ne veut nullement dire qu’elle ralentirait. Elle continue toujours à produire des tissus teints magnifiques, qui se vendent aussitôt qu’ils sont prêts pour la vente. En plus elle vient d’obtenir un permis pour établir une ONG à but non lucratif. Elle a déjà pris les premières initiatives en organisant un groupe de jeunes filles très pauvres qui sont originaires des régions rurales et qui sont venues à Bamako dans l’espoir d’améliorer leurs vies. Cependant, ce sont très souvent des filles illettrées qui ne trouvent pas facilement du travail, donc elles essayent de gagner leur vie en passant par les tas d’ordures et vendant ce qui peut être vendu, comme les bouteilles et sacs en plastique.

Maimouna Sow, la troisième amie a qui je rends visite, a commencé sa carrière au Centre National de l’Alphabétisation Fonctionnelle à Bamako il y a environ 40 ans. Elle appartenait au même groupe d’âge que Mariam Ndiaye, et ainsi que Mariam, elle était une des premières femmes au Mali qui ont obtenu le diplôme du lycée. Dès le jeune âge, Maimouna était très activement engagée dans l’encadrement des groupements de femmes, Et dans toutes ses activités elle combinait toujours les poursuites économiques avec des activités d’orde sociale et communautaire. Au moment de notre visite elle venait juste de rentrer de Kaédi, dans le désert au nord de la Mauritanie, où elle avait enseigné à un groupe de femmes comment faire du savon et fabriquer et transformer une variété d’autres produits primaires. De nouveau, le texte des étiquettes qu’elle utilise « Produit par le Programme de Formation et Education des Femmes à la Gestion Appliquée (FEFGA) » retient mon attention. Il se trouve que ce programme FEFGA a été exécuté par deux de mes collègues à la Banque Mondiale au début des années quatre-vingt-dix. Maimouna a continué jusqu’à aujourd’hui à diriger ce programme et faire une différence réelle, tant sur le plan économique que communautaire dans la vie de beaucoup de femmes et familles dans sa region.

Mes trois amies ont toutes évoqués quelques défis auxquels elles font face dans la gestion de leurs entreprises. Le premier défi est le manque de matériel d’emballage. Ce matériel n’est pas produit au Mali. Donc toutes les boites, les sachets et bouteilles utilisées pour emballer des produits transformés sont importés. Par conséquence les prix de l’emballage sont élevés, et souvent il y a pénurie de produits. Le deuxième défi est le prix élevé de permis. Pour chaque différente gamme de produits le producteur a besoin d’un permis spécifique qui doit être obtenu du gouvernement à un prix de 34.000 Frs. CFA (environ $70). Le troisième défi, qui est probablement le plus sérieux, est le système de monopoles tenus par quelques personnes qui ont des liens étroits avec des personnes hautement placés dans le pays. Cela garde les prix et les marges de bénéfices des produits fabriqués dans les petites entreprises des femmes à un niveau très bas. Ces trois défis ont des implications politiques et pratiques très importantes et ils doivent être adressés dans n’importe quel programme ayant pour but l’avancement des femmes, et en fait le développement économique en général des pays.

Après ces trois visites ma tête tourne avec tant de pensées en ce qui concerne d’une part le dynamisme des femmes qui pourrait contribuer de façon considérable au développement économique et social des pays comme le Mali, et de l’autre part l’approche souvent mal adaptée des programmes de développement. Je mentionnerai juste deux de ces pensées. Premièrement il y a dans chaque projet et programme la question de continuité et d’impact au cours du temps. Est-ce que les donateurs qui financent des programmes de développement savent réellement ce qui se passe avec «leurs» programmes? Ma réponse serait “Non”. Franchement, avant d’aller au Mali cette fois-ci je n’avais aucune idée ce qui était devenu “mon” ancien projet. Et quand j’ai vu l’étiquette de WMTOP, je me suis demandé si toutefois dans les autres pays d’intervention de ce projet il y a également des activités qui se poursuivent toujours, et qui continuent à influencer les vies quotidiennes des gens pour de mieux? Notre préoccupation avec les résultats rapides fait souvent obstacle à l’évaluation des résultats concrets à long terme des interventions. Pourtant, une telle évaluation pourrait nous fournir des leçons énormément utiles pour adapter des politiques de développement et les rendre plus réalistes et effectifs. La deuxième question que j’ai considérée depuis longtemps est pourquoi les organisations de développement mettent beaucoup plus l’accent sur le rôle des femmes africaines dans l’agriculture que sur leur rôle réel et potentiel dans la transformation des produits agricoles. De ma propre expérience de terrain et de la recherche primaire et des expériences que mes collègues ont partagées avec moi il est clair que les avantages potentiels des petites industries de transformation, même à la plus petite échelle, sont considérablement plus favorables aux femmes que leur participation dans l’agriculture. La différence cruciale est, que les femmes n’ont quasiment aucun bénéfice monétaire de leurs travaux agricoles alors qu’elles contrôlent l’argent gagné de leurs petites usines de traitement.

Les conversations avec mes trois amies introduites dans ce message m’ont profondément touchées. Elles sont une vraie inspiration pour nous tous. Leurs vies ne sont pas très faciles. Pourtant, elles continuent à partager leur savoir et leur savoir-faire avec les membres de leur communauté. C’est ainsi qu’elles contribuent de façon considérable à diminuer la pauvreté dans leur pays et à apporter de l’espoir dans les vies des autres.



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