by Pietronella van den Oever, PRB fellow
Mon ami fabuleux, Boubacar Macalou, était à l’aéroport de Bamako quand j’arrivais au Mali. J’ai connu Macalou, surnommé “Monsieur SAGA” depuis 15 ans. Pendant cette période nous avons collaboré sur plusieurs projets de la Banque Mondiale, toujours dans le cadre du développement agricole et de la gestion des ressources naturelles. Macalou a eu le nom “Monsieur SAGA” (Mr. Social And Gender Analysis) lorsqu’il travaillait comme Directeur de la Formation au sein du Projet de Gestion des Ressources Naturelles (PGRN) au Mali. En cette qualité il avait organisé trois sessions de formation sur l’importance de l’analyse sociale, et comment prendre en compte le rôle de la femme dans l’agriculture. Comme groupe cible, il avait recruté plus de cent personnes, qui représentaient l’ensemble de l’encadrement des Ministères de l’Agriculture et de l’Environnement, des plus hauts cadres jusqu’aux agents de terrain. Tous les cadres de ces deux Ministères étaient des hommes à l’époque (1995). Au cours de cette activité les participants ont non seulement pris conscience de l’importance de fournir des intrants agricoles aux femmes et autres groupes souvent exclus, mais en plus ils sont devenus très enthousiastes et motivés. Je le dis en connaissance de cause, étant donné que j’avais le privilège d’être personne-ressource pour ces séances de formation, ensemble avec mon amie Marguérite Monnet du Sénégal. Macalou avait entrepris cette initiative en dépit du scepticisme de beaucoup de ses collègues. Pourtant il a persévéré parce qu’il était fortement convaincu que l’exclusion de certains groupes des moyens de l’agriculture moderne, et en particulier l’exclusion des femmes, ralentirait le développement de son pays de façon considérable.
Ma visite au Mali cette fois-ci m’a permis d’apprendre davantage sur l’histoire de la vie de Macalou. Je voudrais partager cette histoire avec les lecteurs, parce qu’elle représente parfaitement bien les changements extrêmement rapides qui se passent au Mali et en général en Afrique à l’heure actuelle. Avant de l’interviewer j’avais demandé sa permission d’utiliser son nom réel. Il n’a pas vu ce message avant que je ne le mette sur le blog, sinon il ne m’aurait jamais permis de l’appeler mon “merveilleux ami Macalou”. Il pense qu’il est juste un homme ordinaire, qui simplement fait son travail aussi bien qu’il peut.
Les parents de Macalou étaient illettrés. Son père s’était lui-même instruit, en apprenant à lire et à écrire en français lorsqu’il servait comme soldat dans l’armée française. Quand son père était décédé Macalou était encore très jeune et la famille se trouvait dans des circonstances très modestes. Par la suite ils ont déménage pour aller vivre chez un oncle. Néanmoins, la soif du savoir et de progresser, et la volonté de travailler extrêmement dur aidaient Macalou à survivre et à passer rapidement par les différents niveaux du système scolaire. Après l’école secondaire il entrait à l’Institut Polytechnique Rural (IPR) ou il obtenait un diplôme d’ingénieur en matière d’agriculture. Plus tard il obtenait une maitrise d’une université Malienne. A présent, à 48 ans, il s’est inscrit dans une université étrangère ou il poursuit des études de Doctorat. Parmi les enfants de Macalou il y en a quatre qui sont âgés entre 6 et 15 ans, donc l’âge scolaire. Tous les quatre fréquentent des écoles privées, et après les cours il y a des instructeurs qui viennent à la maison pour dispenser des cours supplémentaires. Son enfant ainé, une fille de 15 ans, est à peu près deux classes en avance par rapport au niveau “normal” pour son âge. Dans l’esprit de Macalou il n’y a aucune distinction entre les garçons et les filles en ce qui concerne la nécessite d’être instruit. Ils bénéficient tous de la meilleure instruction possible pour avancer et atteindre leur plein potentiel.
Pendant les 15 années que j’ai connu Macalou je l’ai vu dans des positions où il avait progressivement plus de responsabilités. Mais il y a trois choses qui n’ont pas change. Premièrement il veut contribuer au maximum a la réduction de la pauvreté dans on pays. Deuxièmement, il croit que l’éducation est la clé au développement, et troisièmement il est convaincu que la seule façon pour son pays d’avancer est de promouvoir un développement ou les femmes et les hommes travaillent de pair, pour un développement efficace, équitable, et durable.
A présent il est le Directeur du Centre d’études et de renforcement des capacités d’analyse et de plaidoyer (CERCAP). Ce centre est sous la tutelle du Ministère de l’économie et des Finances, avec un appui financier du ACBF (Africa Capacity Building Foundation). Juste avant de conduire l’interview avec Macalou il venait d’avoir une réunion avec un groupement de femmes avec lequel il s’était engage à fournir du support à un programme avec cinq volets: 1) Élaboration d’un Plan Stratégique pour le groupement, 2) Entreprendre une étude de faisabilité d’une banque de femmes, 3) Conduire le plaidoyer pour améliorer les droits des femmes concernant l’accès au foncier, 4) Fournir du support pour créer un milieu plus favorable pour le commerce international des femmes, et 5) Elaboration d’un plan de communication pour faire avancer les femmes commerçantes. Pour finir, j’aimerais dire: “Chapeau pour Monsieur SAGA, l’homme qui met en pratique ce qu’il prêche.”