Par Pietronella van den Oever, PRB fellow
Dans chaque village Africain il y a toujours une cour qui est mieux balayée, dans laquelle les enfants ont l’air plus propres et plus éveillés, et la femme de la maison semble porter son foulard de façon plus droite, et plus fière, que dans les autres maisons. Cela est précisément le cas de la maison de Sefa Coulibaly dans le village de Sirakorola. Sefa est la personne principale à la Caisse d’Epargne et de Crédit des Femmes de Sirakorola, une fédération bien organisée de 32 groupements de femmes, avec 1255 membres – 1198 femmes, et 57 hommes. Entre parenthèses, quand j’ai demandé au gérantes de la Banque si’ elles n’avaient pas peur que les hommes allaient prendre le contrôle de leur institution, les femmes ont bien rit, en disant qu’au contraire, elles ont besoin des hommes pour faire les travaux lourds, et sous cet arrangement elles n’ont même pas besoin de les payer pour leur travail! Sefa est la Monitrice qui anime et suit les groupements, et apprend aux dirigeantes de la Fédération et des groupements individuels – les Animatrices – l’alphabétisation fonctionnelle en Bambara, y inclue la comptabilité, et comment gérer un groupement, tenir une Banque de Femmes, et améliorer des activités génératrices de revenus. Chaque groupe a sa propre Présidente, Trésorière, et plusieurs Animatrices qui transmettent aux autres membres les connaissances qu’elles ont apprises elles-mêmes par la formation sur le tas donnée par Sefa. Pour constituer son capital initial, le groupement demande à chaque membre de cotiser 250 Frs. CFA par mois (un demi dollar environ) pendant une période de 8 mois. A ce point-là, la Banque commence à donner des petits prêts, et établir des comptes d’épargne. Un minimum d’argent en liquide est gardé dans la caisse, afin d’éviter des vols.
La Caisse d’Épargne et de Crédit de Sirakorola est un exemple d’un grand nombre d’activités pareilles implantées dans l’ensemble du Mali. Les Caisses sont le produit d’une confluence de facteurs qui ont crée un milieu propice pour que cette activité s’enracine dans le pays de façon durable. Cet ancrage était aidé par la bonne volonté de beaucoup de Maliens à plusieurs niveaux, et l’intervention de plusieurs initiatives internationales. Il y aura plus d’informations à ce sujet dans les messages à venir sur ce blog, et dans des publications plus détaillées. Mais avant tout, je voudrais partager la remarquable histoire de Sefa, qui est une de mes collègues et amies la plus ancienne au Mali. Quand je l’ai rencontré pour la première fois, vers la fin de 1971, elle avait 16 ans. Elle avait eu 3 années d’école primaire et parlait un peu le Français, contrairement aux autres filles du village, qui n’avaient pas d’éducation formelle du tout. Sirakorola était un de deux villages au Mali dans lesquels il y avait un Centre d’Animation Rurale (CAR) avec un groupe de jeunes couples paysans (illettrés) qui venaient pour une période de deux ans pour apprendre des méthodes améliorées d’agriculture, et opérer de l’équipement agricole amélioré, dans le but de devenir des paysans pilotes dans leurs villages d’origine. C’était un programme expérimental du Ministère de l’Agriculture, pour tester une approche qui irait à l’ encontre de l’exode rural. La plupart des Animatrices dans les groupements actuels sont des anciennes sortantes des CAR. A l’époque je considérais le programme comme très médiocre. Pourtant, à mon retour 35 ans plus tard je dois avouer que j’ai trouvé un nombre de retombées plutôt positives de cette activité, comme quoi on voit qu’il ne faut pas juger trop rapidement!
Etant donné que j’étais la seule femme dans le projet FAO/BIT dans lequel je travaillais, une de mes taches était de faire “quelque chose avec les femmes dans les CAR”. La notion que les femmes sont des agricultrices, et qu’elles ont besoin d’autant de connaissances en agriculture que leurs maris ne faisait pas encore partie de la discussion générale au niveau des organismes de développement. Un “programme de femmes” était plutôt considérée autour du domaine domestique, y inclus les soins aux enfants, la nutrition, et les travaux ménagers en général. A ce point-là j’avais proposé à Sefa de venir travailler avec moi, et de commencer par un inventaire des besoins des femmes en formation, exprimés par elles-mêmes. Ainsi trois domaines prioritaires etaient retenus: 1) L’alphabétisation fonctionnelle, 2) l’amélioration des activités génératrices de revenus et 3) l’éducation nutritionnelle. Ces trois domaines étaient une réflexion de leurs rôles habituels au sein de la famille. L’alphabétisation fonctionnelle, y inclue la comptabilité, les permettait de tenir les comptes de leur micro entreprise qu’elles avaient toutes chez elles. En plus, elles désiraient diversifier les produits qu’elles offraient, et elles voulaient améliorerai l’état de nutrition familiale. La “micro entreprise” voulait dire que chaque femme était impliquée dans la production des biens et services pour satisfaire les besoins familiaux. En même temps elles produisaient un petit surplus pour le marché pour gagner un peu d’argent supplémentaire. Cet argent permettait aux femmes “d’aider le mari”. J’ai toujours observé que les femmes avaient elles-mêmes le contrôle des revenus de leur petit commerce. Il n’est donc pas étonnant que les groupements, organisés atour de leur propre Caisse d”Epargne et de Crédit se sont répandues comme un feu de brousse. La Caisse leur permet d’agrandir leurs entreprises et d’augmenter leurs revenus, et en même temps de déposer leur argent à un endroit en sécurité jusqu’au moment auquel elles en auront besoin.
Nous pouvons tirer plusieurs leçons valables de l’exemple de Sefa. Tout d’abord, les solutions pour le développement viendront des villages eux-mêmes, plutôt que de l’extérieur. Deuxièmement, on n’a pas besoin de grands intellectuels pour transformer le paysager économique et social d’un village, mais plutôt des leadeurs motivés et respectés, qui connaissent le contexte local. Troisièmement, c’est fort possible d’obtenir des résultats considérables avec peu de moyens financiers, pourvu que l’organisation sociale soit bonne. Quatrièmement l’échangé d’idées et d’expériences avec d’autres communautés qui vivent les mêmes problèmes aide à démultiplier des actions durables. Pour conclure, des actions qui aident les femmes rurales à acquérir des connaissances, des capacités, et des outils pour améliorer leurs initiatives économiques mèneront sans exception à l’amélioration des conditions économiques et sociales des villages pauvres.